World Cyber Games France 2008
Général
Le fait que les WCG.fr se tiennent au milieu du Festival des Jeux Vidéo a ses désagréments (le niveau sonore pour les joueurs, notamment), mais il a aussi ses bons côtés. Le festival attire énormément de monde, et donc beaucoup de gens n'étant pas familiarisés avec l'esport ont l'occasion d'assister aux matchs sur scène.
Nous avons voulu profiter de cette occasion pour rencontrer ces gens et savoir comment notre discipline était vue par des "profanes". Nous avions prévu de questionner des personnes avec des profils assez variés, mais la manière dont la journée s'est déroulée a fait que nous n'avons pu faire qu'une seule interview complète.
Cette interview a été réalisée après la demi-finale CS opposant sur scène ubiteam à Esport-eu ; nous avions rencontré un père de famille qui regardait le match, et il a accepté de venir répondre à quelques questions en salle de presse avec sa femme et son fils après le match. Nous avons jugé qu'il était tout de même intéressant de vous la faire partager, la voici donc :
Esportsfrance : Bonjour, pouvez tout d'abord vous présenter en nous donnant votre prénom, votre âge ainsi que votre profession ?
Je m'appelle Matteo, je suis sapeur-pompier et j'ai 51 ans
Moi je m'appelle Quentin, j'ai 14 ans et je suis donc étudiant.
Qu'est-ce qui vous a amenés à ce festival des jeux vidéos ?
Matteo : D'abord pour voir les nouveaux jeux sortis puisque mon fils et moi jouons tous les deux mais sur différentes plate-formes. Lui c'est plutôt les jeux de tir et moi les jeux de rôle.
Quentin : En ce qui me concerne, j'ai apprécié la dernière édition du festival en 2007 donc je suis revenu pour tester les dernières nouveautés qui sont sorties comme Mirror's Edge et tout, mais bon il y a un peu la queue...
Saviez-vous qu'il y aurait une compétition en parallèle du festival des jeux ?
M : Oui, en effet, on avait pu voir sur Internet.
Q : Ben oui, ça s'était déjà déroulé l'année dernière donc ça se déroule encore cette année !
Connaissiez-vous le jeu qui était joué sur scène (CS) ?
M : Non, moi je ne joue pas à ce jeu, mais j'aime bien regarder, ça m'intéresse.
Q : Moi j'ai pas vu, mais je vais sur Steam.
Est-ce que ça t'arrive de regarder des matchs sur Internet ?
Q : Je ne suis pas trop, je vois ce qu'il y a dans les magazines, les compétitions et tout, mais sinon ça m'arrive rarement de regarder. En fait, il n'y a qu'au festival des jeux vidéo que je regarde les matchs.
Que pensez-vous de la présentation de la compétition ? Est-ce que vous trouvez que c'est bien expliqué, qu'il y a une bonne ambiance, des choses à améliorer ?
M : Je ne comprends pas trop mais j'aime bien regarder. Il y a une bonne explication tout au long du jeu par les commentateurs, ça permet de suivre la compétition.
Que pensez-vous du fait que certains joueurs deviennent professionnels ?
M : Je pense que c'est comme les sportifs, il faut qu'il y ait des études derrière pour se reconvertir, sinon je n'ai rien contre.
Q : Moi non plus, s'ils s'amusent et qu'ils ont des études derrière, un métier, ça m'est égal...
Que diriez-vous si votre enfant voulait devenir joueur professionnel ?
M : Comme je le disais, si derrière il y a une reconversion sûre, il n'y a pas de souci.
Mais par exemple, un joueur comme ToD est parti vivre en Corée...
M : Oui, mais ils sont très peu à pouvoir en vivre, et puis la carrière s'arrête assez tôt, parce qu'au niveau du cerveau, avec l'âge on ne réagit plus aussi vite. C'est comme les sportifs, à un moment il faut savoir s'arrêter. C'est la suite qui m'intéresse. Quand on est jeune il faut savoir s'éclater.
Le fait d'avoir assisté à cette compétition pourrait-il vous donner envie d'assister à une compétition sans le festival autour ?
M : Oui, beaucoup plus qu'au moment du festival, parce qu'on est mieux concentré sur la compétition, on voit mieux. Moi, ça m'intéresse. Je n'aime pas y jouer mais j'aime regarder.
Si j'ai bien compris, vous habitez en région parisienne. Savez-vous que la Coupe du Monde des Jeux Vidéo s'est tenue à Paris ? Y êtes-vous allé ?
M : Non, l'entrée est trop chère, je crois que c'était quelque chose comme 30 euros...
Si vous tombiez sur un match à la TV, pourriez-vous regarder ?
M : Oui, je regarde GameOne au boulot, alors...
Q : Moi j'aimerais bien recevoir ces chaînes à la maison, ça ne me dérangerait pas !
Dans notre milieu, nous parlons de "sport" électronique. Pensez-vous que ce terme est adapté ?
M : C'est comme les échecs, c'est un sport cérébral.
Q : Moi je ne sais pas, vu qu'ils ne gagnent pas autant que les vrais sportifs... Ils gagnent 3000 ou 6000 euros mais ils ne peuvent pas en faire leur carrière définitive. Ou alors il faut être très expérimenté.
Merci de nous avoir répondu ! Si vous avez quelque chose à ajouter...
M : Pas grand chose, si ce n'est qu'on attend beaucoup à chacun des stands du festival.
Que retenir de cet échange ? Avant tout, il tord le cou au cliché du jeu vidéo qui n'intéresse que les jeunes. Certes, dans un salon dédié au jeu vidéo, on est plus susceptible de rencontrer des parents intéressés que dans la rue, mais ce n'est pas le cas de tous les parents présents.
Par exemple, lorsque nous étions à la recherche de personnes à interviewer, nous avons parlé avec une mère de famille qui était assise en face de la petite scène, peu de temps après la fin de la demi-finale CS qui s'y déroulait. Elle nous a dit ne pas avoir regardé les matchs, et elle n'était visiblement au salon que pour accompagner son fils, qui était en train de jouer sur un stand.
Il est également intéressant de constater que la première famille sur laquelle nous sommes tombés n'était pas un cas de "Cédric, 19 ans, passe 50 heures par semaine sur CS, triple sa terminale et a des problèmes de santé". Beaucoup de reportages ont tendance à montrer le jeu vidéo comme quelque chose de nocif ou source de conflit, et même si les médias commencent à réaliser doucement que ce n'est pas forcément le cas, on est toujours rassuré de voir qu'on n'est pas le seul à s'en rendre compte.
Je (daycay) voudrais également commenter une situation à laquelle nous avons assisté : nous regardions la demi-finale sur le côté de la petite scène, et un garçon de 13-14 ans est venu et nous a demandé ce que c'était et où on pouvait jouer. On lui a répondu qu'il y avait un tournoi en cours, et son premier réflexe a été de dire "Ah, et c'est où qu'on s'inscrit ?". Il a fallu lui expliquer le principe, le fait que les gens qui sont qualifiés sont tous presque professionnels, etc., et là il a demandé si c'était organisé par l'ESL.
C'est peut-être stupide, mais je trouve assez surprenant le fait qu'un joueur de 13-14 ans pris relativement au hasard connaisse l'ESL, qui est tout de même un des acteurs les plus importants du sport électronique.
Bien sûr, il n'est pas rare de croiser des joueurs de 13-14 ans (la probabilité d'en trouver un en se connectant sur un serveur CS public au hasard doit être relativement élevée) et l'ESL compte tout de même près d'un million d'inscrits. Mais en jugeant d'après mon entourage, j'étais toujours resté sur l'impression que le nombre de joueurs ayant conscience de l'existence du sport électronique est relativement faible par rapport au nombre total de joueurs.
Quoi qu'il en soit, nous ne voudrions pas trop épiloguer sur quelques cas isolés. Les quelques rencontres que nous avons faites étaient instructives, mais nous aurions aimé avoir plus d'exemples pour pouvoir commencer à tirer des conclusions viables. Mais si l'initiative vous paraît intéressante, nous essaierons de la reconduire lors du prochain événement qui s'y prêtera !
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