Voici l’un des nombreux troll disséminé tout au long de cette passionnante conversation entre deux braves rédacteurs d’inpactvirtuel.com. L’un défendant, naïf, la victoire d’emuLate, et l’autre totalement je-m’en-foutiste à l’égard du microcosme esportif. Rassurez-vous, je ne vais pas me contenter stricto sensu de répondre à ce qui pourrait éventuellement avec des pincettes, être perçu comme une attaque, certes très volage, de cette activité. Mais je compte surtout déchiffrer cette perception du sport électronique que l’on retrouve un peu partout au dela des sites spécialisés et quelques autres rares médias de presse écrite comme Joystick ou PCJeux. Et puis je pense que c’est la meilleure réponse à faire, s’interroger, se remettre en cause, plutôt que rejeter la faute sur autre que soi.
“Petit con qui feraient mieux de passer leur bac“, “tanches prépubères“, voilà quelques mots censés qualifier avec humour (il faut quand même le rappeler) nos chères têtes blondes, dont les emuLate, qui font usage du jeu vidéo comme support de compétition. Clairement, c’est drôle mais c’est aussi cliché. Et probablement c’est là le souhait de Gizmo, le responsable de ces blagounettes.
Bon, honnêtement, moi je rangerai ces provocations aux côtés de la méconnaissance (et d’un lointain mépris ? allez, on est seigneur, on va appeler ça du recul !) de ce milieu. D’ailleurs, ça me fait essentiellement penser aux erreurs de journalistes généralistes quand ils doivent traiter le média jeu vidéo dans un journal télévisé et qu’ils terminent par une phrase choc pour réveiller un audimat’ de 60 ans complètement endormi. La dernière perle à ce sujet, pour le coup c’était encore de l’esport, il s’agit de cette ineptie présente dans le reportage de France 2 sur l’ESWC 2007 (1′09) : “Derrière les joueurs en permanence, un arbitre. Il n’intervient que si les joueurs se tapent dessus… ce qui peut arriver.” En gros, extraction de fait, généralisation, récupération. Mais bon, dans le cas d’inpactvirtuel.com, on dira que c’est pas trop grave vu que c’est… De L’Humour.
Méconnaissance donc. Mais pourquoi ?
Premièrement, et la plus logique des raisons, c’est qu’il existe un certain conservatisme vidéo-ludique qui consiste à dire que le jeu vidéo est destiné, uniquement, à l’industrie de l’entertainment, du loisir. En gros, c’est du snobisme, caractère typique d’un vieux con qui n’accepte pas l’évolution. Ouai mais les connards prétentieux, quand même, ils ont la classe. Genre Nofrag.com, anti-esport devant l’éternel (bien que Dr.Loser se soit récemment qualifié pour la finale du Trophée FNAC, ironie du sort…), et dont le flux RSS reste en haut de mon netvibes. Comme quoi, on peut s’aimer !
Plus sérieusement, ce schéma traditionnel conservateur tend à se modifier, sous l’impulsion de Microsoft et de Bungie avec Halo par exemple, ou bien le fameux Starcraft 2 de Blizzard. Ces derniers n’hésitent d’ailleurs plus à utiliser comme argument de production et de vente l’utilisation à grande échelle de son titre en vue des compétitions. Et ouai, les droits télévisuels en Corée du Sud, et bientôt chez nous probablement, se négocient à prix d’or. Valve, qui possède l’un des plus gros jeu du secteur reste lui très libéral face à sa communauté de joueurs bien que le studio semble vouloir de plus en plus s’inclure dans ce processus. En témoigne les accords signés avec les grands organisateurs comme la CPL, les CGS, l’ESWC ou les WCG pour l’utilisation de Counter-Strike dans ces compétitions.
Il existe une autre raison qui concerne cette fois-ci la presse esportive. Pour l’instant, à part quelques exceptions, il n’existe pas ou peu de liens entre les médias JV généraliste et de sport électronique. Et, bizarrement, encore moins sur le web, réseau probablement à l’origine de la naissance de l’esport. Assurément, la presse web du sport électronique n’attire pas encore beaucoup de regards. Jusque-là, la raison de cette mauvaise considération, si l’on met de côté le fait que l’esport est un secteur minoritaire du JV, était de l’ordre de la crédibilité. Les sites, assez incomplets et amateurs, donnaient plus une impression de médias vendus à leur passion, vendus aux émotions d’une discipline bien trop marginale. Mais, depuis quelques années, et particulièrement durant ces derniers mois, ce sentiment pourrait commencer à s’estomper. Le rachat par des groupes de presse (Readmore.de) ou de sociétés du milieu (Gotfrag.com) et, petit à petit, une certaine concentration du marché, amène à reconsidérer l’engin médiatique esportif comme de plus en plus professionnel et de plus en plus fiable. Attention toutefois à ne pas tomber dans des dérives publicitaires comme il existe sur le web des sites de jeux vidéo vendu aux éditeurs… Ils devraient se reconnaître s’ils ont le courage de nous lire.
Bref, Esportsfrance.com fait parti de ceux qui ont tendance à se professionnaliser en vue d’un meilleur traitement de l’information. Par des outils journalistiques stricts ou bien par une hiérarchie décisionnelle destinée à sélectionner, trier, vérifier les informations. D’ailleurs, c’était l’un de mes job dans la rédaction lorsqu’on ma collé l’étiquette de “Responsable de la ligne éditoriale“.
Je me rappelle par exemple de l’émission Parlons d’Esport de Netg-Radio.net que je préparais avec Asuka. Dans la première, on avait invité Erwan Cario qui bosse sur Ecrans.fr (Libération). Il avait même été étonné de la présence d’articles de réflexion sur Esportsfrance, ce qui à contrario n’existe quasiment pas dans les sports traditionnels. Mis à part les erreurs d’étourderies, cela montre tout de même une volonté affichée de ne pas tomber dans le fanboyisme absolu (contrairement à ce que la plupart des médias JV généralistes pensent et font eux-même, ahah…) et de mettre en avant la construction d’un esport plus en phase avec des valeurs sportives. A ce titre, dénoncer dans un article les dérives du sport électronique (ce que j’essayais de faire au maximum quand j’étais encore rédacteur) faisait parti de mon cheval de bataille et montrait cette détermination. Pas plus tard qu’aujourd’hui d’ailleurs, Esportsfrance a repris un fait supposé de racisme qui s’est déroulé à l’issue des WCG. Si Esportsfrance avait été dans une optique de promotion de l’esport, soyez sûrs que ce fait aurait été soigneusement écarté.
Au dela de la crédibilité, il y a l’accueil et la pédagogie du sport électronique. N’importe quel quidam qui veut s’y mettre aura peut-être trop de difficultés à saisir l’esport tant ce milieu peut sembler opaque. Les compétitions, les disciplines, les matchs, autant de points qui sont interdépendants et qui complexifient à vue de nez la machine Esport. C’était d’ailleurs ce qu’avait fait remarquer Erwan Cario à ce sujet sur Esportsfrance, manque que l’on avait essayé quelques semaines plus tard par combler avec l’arrivée d’une mini FAQ (les questions !) dans la bannière du site. Cependant, il reste indéniablement encore beaucoup à faire sur cet aspect.
De manière globale, je ne me fais pas d’illusions quand même. Les mentalités ne changeront pas tant que le marché productif du jeu vidéo (développeurs et éditeurs) ne voudra pas considérer le sport électronique comme porteur. Mais avec des interférants comme Blizzard, Microsoft ou Valve, la donne pourrait changer plus tôt qu’on ne le croit. Et l’arrivée des consoles qui ont tendance à socialiser les rapports entre les joueurs (multi-joueur sur console qui s’ouvre à l’Internet) devrait accroître naturellement ce phénomène. La pratique de la compétition sur un support vidéo-ludique devrait avoir encore de beaux jours devant elle à condition qu’elle se fixe des orientations communes. N’en déplaise à ses méprisant détracteurs (et là j’adresse mon regard à bien d’autres que PCinpact), qui se défendent, paternalistes, de considérer que de leur loisir peut s’extraire à l’usage une élite de pratiquants. C’est aussi ça, le problème de ne considérer le jeu vidéo que comme un simple produit de consommation.
Manuel “manuuu” Raynaud, qui vous déteste.
9 commentaires
9 October 2007
Vraiment atroce les sites pci :/
9 October 2007
Faut pas oublier que ça se dit être de l’humour. Et que si tu trouves pas ça drôle, “c’est que t’as pas d’humour” (c’est en gros ce que j’ai lu en commentaire). Mais en fait, c’était surtout l’occasion de parler de l’image du sport électronique plutôt qu’autre chose.
ps : l’auto-dérision et l’auto-critique étant quelque chose que j’apprécie énormément, j’ai pourtant du mal à saisir celui de Gizmo, j’avais peut-être mes règles. En tout cas, y a beaucoup mieux à faire dans ce secteur. Remember, ZDT, NLU… RIP… sic.
10 October 2007
Excellent article, de vraies pistes de réflexion ^^.
10 October 2007
Je trouve que cet article soulève un point intéressant: Le fossé qu’il peut y avoir entre 2 communautés qui pourtant semblerais se rejoindre naturellement, le gamer et le e-sportif.
Etrange… il semblerait que de manière logique, le gamer “classique” se tienne au courant ou en tous les cas connaisse sensiblement l’univers du e-sport. Mais pas du tout, il y a même au vu de cet article encore beaucoup d’incompréhension. Comme un sportif s’intéresse à la compétition de haut niveau et de ses stars, un joueur d’échec connaît les tactiques des grands maîtres, un joueur de poker suit les tournois TV… ba le gamer lui, ne connaît quasiment rien des compétitions e-sport.
Pourquoi ? Peut être parce que l’e-sport n’est qu’a ses débuts. Peut être la moyenne d’age comme le dis Gizmo assez jeune. Peut être aussi parce que l’e-sport fonctionne à l’envers. En effet un sportif a souvent eu envi de pratiquer en voyant des compétitions et des stars à la TV. Dans le jeu c différent, chez les joueurs l’impulsion première est de se divertir. La prise de conscience d’un univers de compétition organisé et lucrative est tardive par manque de médiatisation.
En tous les cas j’ai été assez surpris des réactions sur PCi. Comme quoi du chemin reste à faire…
10 October 2007
nan nan gizmo il est jamais drole, son site c’est une sorte de secte ou y a 3 personne qui rigolent de ses blagues
c’est pas une personne très ouverte
nice article quand même
10 October 2007
C’est que l’esport ne pourra pas évoluer tant que il n’y aura pas plus de professionalisation.
Mais il me tarde que ce phénome soit d’actualité, car personnelement je pense avoir de l’humour, mais l’humour de pci, je trouve vraiment pas sa drôle.
De même, je me souvient d’avoir vue le reportage de france 2 sur la cdm, et ca m’avais aussi choqué. Il fait un reportage assez simpa, et met la phrase pour redescendre l’esport au rang de jeux et non de sport. Du moins c’est comme ca que je l’ai ressentie.
11 October 2007
T’écris quand meme bien manu. Toujours agréables à lire ces blogs.
11 October 2007
Excellent article Manu. Je post pas souvent, mais faut dire que ta plume m’a plu (me).
Trackbacks & Pingbacks
Le blog d'Esportsfrance.com · emuLate, religion, Esport et Packard Bell
Pingback on November 28th, 2007 at 19:16