CECI EST UNE BLAGUE
C’est fini. L’ESWC 2011 vient de prendre fin à Epinay-Villetaneuse (93). Cette dernière édition n’aura pas su relever le niveau de la précédente et la plus ancienne compétition esportive française s’arrête donc là. Il est vrai que les deux dernières années ont été difficiles pour Games-Services. Après deux vagues de licenciements successifs et une tentative infructueuse de refonte du modèle économique sur lequel l’activité de la société est basée, la start up parisienne met la clé sous la porte. Force est de constater que l’esport tel qu’on le connaissait en Europe, est un échec.
De ce cru -bouchonné- si l’on souhaite filer la métaphore, ne resteront que des commentaires nostalgiques et désabusés. “L’ESWC a marqué ma vie, surtout en 2005 quand je l’ai remporté, et il est difficile pour moi de voir cet événement se terminer de la sorte“, avoue Manuel “Grubby” Schenkhuizen, la larme à l’oeil. Evidemment, même si le célèbre joueur a remporté l’édition de cette année, “cela n’a rien à voir, on n’était que 16“.
C’est sûr. Pour la première fois, la finale ne s’est pas jouée sur scène. “Incompatible avec le local“, avait prévenu Sylvain Maillard, autrefois responsable de Cyberleagues, aujourd’hui seul et unique employé de la société. “J’aurais à peine donné l’accréditation General Series pour cet ESWC” reconnait-il. Moins de 200 joueurs dans le gymnase Langevin sont venus tenter de décrocher un titre. Les qualifications n’ont pris place que dans une poignée de pays, les organisateurs n’ayant pas trouvé les ressources nécessaires et dont les bénéfices n’ont cessé de décroître au fil du temps.
Ceux des joueurs aussi. Avec un cashprize descendu sous les 50,000$, le rêve de vivre du jeu vidéo disparaît. “J’ai tout plaqué pour l’esport” se souvient Yoan “ToD” Merlo. Se rapprocher de la culture chinoise en commençant par l’apprentissage du mandarin n’aura pas été inutile. Depuis qu’il est au chômage technique, Yoan rejoue “pour le fun, contre l’ordinateur en 1 vs 7” tout en pensant à se reconvertir dans l’art culinaire chinois, découvert grâce à “un vrai ami“, dit-il, “pas comme tous ces fans qui se disaient proches de moi et qui m’ont laissé tomber quand la Chine a bloqué tous les jeux en ligne il y’a un an“. Quand on lui demande si l’on pourrait le revoir sous Warcraft 4, choisi comme le jeu de stratégie par les CGS, un des rares organismes essayant encore de percer dans l’esport, il élude la question “je me concentre sur les nouilles sautées, une chose à la fois.”
A la suite d’une édition 2007 qui marquait l’apogée de ce petit monde vidéofestif, Matthieu Dallon, ex CEO de Games Services et désormais sans emploi, avait lancé l’idée des masters ESWC. Idée appréciée par la communauté. Forcément, les joueurs avaient la possibilité de voyager à travers le monde pour assouvir leur passion (devenant au passage leur métier) : la compétition de jeux vidéo. Le seul moyen pour le faible nombre de sponsors encore à la recherche d’un buzz improbable de l’esport d’obtenir une visibilité sur le long terme. Gregorio Machadinho avait confié à esportsfrance fin 2007 que “les ESWC Masters seraient la cerise sur le gâteau pour le développement de l’e-sport en France et dans le monde.“Paroles et paroles et paroles.
Impossible à mettre en place. Plusieurs étapes par an, ce qui implique plusieurs tournois à gérer, lieux à trouver, manifestations à organiser. La volonté était là. Mais le cruel manque de moyens financiers a réduit à néant les meilleures intentions. En effet, les premiers problèmes survenaient dès l’été 2008. ATI, partenaire depuis l’ESWC 2007 de Games Services dans ce qui devait être “la grande aventure vidéo ludique“, selon M. Dallon, quittait à son tour le bateau, un an après que Nvidia avait jeté l’éponge. A l’époque, les constructeurs de carte graphique espéraient attirer les joueurs vers les nouveaux jeux, plus gourmands en ressources graphiques. “Un échec lourd d’enseignements“, concluait Serge Lemonde, ancien directeur du marketing chez Nvidia qui avait longtemps cru à l’esport. “Cette erreur m’a coûté mon job“. Officiellement mis en pré-retraite par Nvidia, officieusement “viré pour incompétence“, M. Lemonde vend quelques tapis de souris à la sauvette dans des LANS de garage. On sent encore l’amertume dans son discours. “Il faut que je travaille deux à trois fois plus pour pouvoir espérer gagner autant qu’avant“.
Le constat est accablant. Avec la disparition d’un acteur notoire du sport électronique en Europe, l’esport sur le vieux continent relève désormais de l’utopie. Du côté du pouvoir en place, rien ne laisse présager d’une amélioration de la situation. Pour preuve les dernières déclarations du Ministre de la Jeunesse et des Sports, Bernard Laporte, en place depuis la victoire de la France en coupe du monde de rugby 2007. “C’est quoi l’esport?“.
19 commentaires
2 September 2007
ahah, sympa comme tout =)
2 September 2007
“J’aurais à peine donné l’accréditation General Series pour cet ESWC” pour 50 000$ c’est quand même bien méchant :P
C’est très catastrophique mais en même temps il y’a du réaliste là dedans, si les jeux changent sans cesses dans l’esport, aucun joueur ne pourra en vivre à cause de ce côté aléatoire (le jeu convient à ce joueur? ou pas?). Va falloir que l’Europe défonce la visions américaine.
2 September 2007
les citations sont très bonnes
gj
2 September 2007
“C’est quoi l’esport?“
Jolie prose ! Ca pourrait même faire réfléchir certains, tant de nombreux points peuvent ici s’avérer prémonitoires :)
2 September 2007
ca devient de plus en plus du ZDT
3 September 2007
Wanzerg a la phobie du chômage pour mettre tout le monde sans emploi ? :)
Un gars comme Matt Dallon se fera sans doute bien plus de tune le jour où il quittera le domaine de l’esport. ;)
Un blog utile pour nous rappeler qu’après tout rien ne dit que l’esport va finir par réellement décoller, particulièrement en France!
Organisateurs de compétitions, pgm, amateurs, leaders de club, médias esportif ou simples adeptes, tous nous forçons plus ou moins notre enthousiasme vis à vis de l’esport.
Nous nous imaginons “qu’un beau jour futur nous serons nombreux (!) à pouvoir vivre de l’esport!”
Une pensée parfaitement utopique? J’ai envie de dire oui et non.
Non car la Corée nous a montré qu’une partie suffisante d’une nation pouvait adhérer à l’esport et donc faire vivre un nombre assez conséquent (quoique!) de joueurs/clubs/medias.
Non car le jeu video se propage à de plus en plus de monde d’âges différents (ty nintendo) et donc peut potentiellement augmenter l’audience consacrée à l’esport (la question étant de savoir s’il faut faire de l’esport sur les jeux des casuals ou amener les casuals à regarder nos jeux esport…mais c’est un autre débat ;)
Non enfin car même si l’esport bouge lentement (du moins plus lentement que ce que je m’imaginais il y a 3/4ans) il bouge néanmoins toujours…Gameone et l’Arena Online, les CGS et la DirectTv, Mushkin pour nous en france…
Quant à la possibilité que l’esport se plante lamentablement wanzerg a abordé les causes dans son blog…en tête desquelles, bien sûr, le risque d’un système qui repose à 95% sur les sponsors ou encore la frilosité de la france à l’égard de l’esport.
Plus que l’échec de l’esport dans le monde je vois dans ce blog le récit du possible échec de l’esport en france.
La solution est peut être là: ne pas attendre que la france suive!
Pour pouvoir être assez nombreux à vivre de cette activité (joueurs, clubs et médias) et sans devoir attendre encore 10ans, il va peut être falloir se décider à s’expatrier hors d’un pays frileux comme la france.
C’est peut être le prix à payer (mais après tout on nous dit qu’aujourd’hui il faut penser à l’échelle de l’europe…)
Sans doute Elky en son temps ou ToD plus récemment nous ont montrés la voie?
3 September 2007
Désolé pour les fautes (il est tard)
3 September 2007
Bon article, ca fait réfléchir pour la suite, mais si des mecs comme toi et le reste du staff peuvent prevoir ce genre de chose, elles sont aussi capable de prédire l’autre extrémitié.
3 September 2007
^^
3 September 2007
J’apporte une petite précision si c’était pas clair avant, ceci est une fiction écrite sur le ton de la rigolade
Je ne pense pas que l’avenir de l’esport ressemblera à ça et en tout cas je ne le souhaite pas
bien sûr je respecte entierement les personnes citées dans l’article ainsi que leur travail :)
3 September 2007
L’e-sport ne doit pas devenir un jeu d’argent. Cela doit rester une passion, pratiquée par des amateurs.
Il faut arrêter de prendre sans cesse comme exemple la Corée du Sud. Le fait que l’e-sport se soit développé avec tant d’ampleur en Corée du Sud est directement lié aux évènements qui ont façonné l’histoire de ce pays. Il faut savoir que la démocratie est quelque chose de très récent en Corée du Sud et qu’avant 1987, ce pays, à la suite de la guerre de Corée, a été soumis à d’infâmes dictatures. Au sortir de cette période d’ombre, la Corée du Sud a dû se relancer économiquement. Celle-ci n’a eu d’autre choix que de tout miser sur le développement des nouvelles technologies. Ce qui a entraîné, et ce qui était irrémédiable, la naissance d’un e-sport populaire, pratiqué en masse, parce que directement lié à la première activité économique du pays.
Cela n’est pas le cas en France, qui n’a pas eu à se relever d’une période de dictature et qui surtout, n’a pas choisit de focaliser son développement économique sur les nouvelles technologies. Par conséquent, il est impossible d’établir un quelconque lien entre le cas de la Corée et celui de la France. L’e-sport français n’a pas vocation, ni même les possibilités de copier l’e-sport coréen.
Pour que l’e-sport français se développe, c’est-à-dire qu’il touche un public plus grand, il doit suivre ses propres sentiers. Le recours à l’argent, au spectacle, aux sponsors ne semble définitivement pas être la solution. Au contraire même, plutôt que d’unir une communauté, ces moyens accentuent les différences et créent des divisions. C’est l’état de l’e-sport français aujourd’hui, un e-sport éclaté, qui n’arrive plus à avancer. Entre les grosses équipes qui font leur business dans leur coin, les différentes leagues de compétition qui se concurrencent, la presse e-sportive qui peine à avancer des solutions, l’e-sport français est devenu un champs de bataille, ou chacun avance à l’aveuglette, tente le tout pour le tout, puis finit par attraper sa grenade par la goupille pour sauter avec.
Il faut en finir avec cette idée de l’e-sport spectaculaire destiné à attirer le grand public. Il faut en finir avec ce culte du professionnalisme. Il faut arrêter d’avoir les yeux tournés vers la Corée.
Ce que doit faire l’e-sport en France, c’est trouver son propre chemin, se fixer « ses » propres objectifs, repérer ses propres contradictions. L’e-sport français doit se munir d’une éthique, il doit définir ses contours et son mode de pratique.
On a tellement cru jusqu’à présent que les sponsors pouvaient tout prendre en main, qu’il n’y a plus un joueur pour sortir de sa léthargie et dire : « Réveillez vous ! Faisons du fourbi actuel, une chose ordonnée. »
3 September 2007
“L’e-sport ne doit pas devenir un jeu d’argent. Cela doit rester une passion, pratiquée par des amateurs.”
Avec cette phrase tu clos tout débat, pour toi c’est comme ça et c’est tout. Ca va en contradiction directe avec ce faconnement que tu veux de l’esport et qu’il faut bâtir tous ensemble.
3 September 2007
Jusqu’ici, c’est l’argent qui a toujours clos le débat. C’est l’e-sport sans argent qui reste à inventer.
3 September 2007
Ou alors l’e-sport sans MrWh1te.
4 September 2007
L’esport sans argent, ok c’est facile à dire mais maintenant on attend tes propositions MrWh1te! :)
Pour ma part ça me paraît juste complètement irréaliste.
Si tu retires l’argent comment fait un club pour payer le déplacement (+hôtel+nourriture) de ses joueurs qui vont parfois à l’autre bout de la France?
Comment les admins de lan et de compétitions esport organisent leurs events sans rentrée d’argent ?
Comment même faire connaître l’esport au grand public sans derrière, par exemple, la création de contenu vidéo/télévisuel qui coûte une fortune pour tenter de toucher ce fameux grand public ?
L’esport sans argent c’est pas d’esport du tout à moins de vivre dans un autre monde qui échappe à toute notion de coût et d’économie dés que l’on veut réaliser quelque chose d’envergure.
Il est clair qu’il faut à tout prix trouver d’autres solutions que de se reposer quasi-uniquement sur des sponsors qui peuvent à loisir tout supprimer du jour au lendemain, cette dépendance est bancale.
Maintenant je crois comprendre en partie ce que tu veux dire, moi non plus je n’ai pas envie de voir l’esport tomber dans les dérives de l’argent roi, tout comme le football devenu foot-business.
Mais nous n’en sommes pas là et pour l’instant l’argent est vital pour permettre à l’esport de se développer…
Ou alors je suis curieux d’entendre tes propositions pour que l’esport se développe sans avoir recourt à l’argent!
Mais je ne pense pas que c’est cette idée qui va aider la France à combler son retard sur d’autres pays comme par exemple les U$A et leur CG$… ;)
4 September 2007
Ah parcequ’il fait quelque chose dans l’esport ?
7 September 2007
ben oé, il whine. C’est une activité non négligeable dans l’esport :)
10 September 2007
haha ZDT quand tu nous tiens ! belle vision du futur, j’ai hate !
Trackbacks & Pingbacks
Le blog d'Esportsfrance.com · L’été qui enrhuma la CPL Summer
Pingback on September 4th, 2007 at 10:47