Sur le fil, l’esport chancelle

Erratum : Les WCG sont aussi abscons que l’ESWC puisqu’il arrive que certains pays envoient plusieurs joueurs d’une même discipline (excepté Counter-Strike) lors de la finale mondiale. Le nombre restant à l’appréciation des organisateurs. Qui a dit subjectivité ? Ah non ! Argent…

La question reste en suspend mais j’ai bien l’impression que la marche est déjà en route. La Wii qui s’éveille, la saisie du marché par le casual gaming qui s’étend, les éditeurs qui s’engagent corps et âmes dans ce domaine, flairant par là, peut-être (ils sont fous ?), pas mal d’argent. Et naturellement, l’usage que l’on fait du jeu vidéo, sa pratique compétitive, ce qui reste un des épi-phénomène de ce grand mouvement vidéo-ludique, en prend pour son grade.

Petit à petit, on sort les mouchoirs blancs déjà nostalgique des Counter-Strike et autres Quake. Et maintenant, on accueille à bras ouverts (pleins de dollars) Fight Night Round 3, Guitar Hero 2, Asphalt 3 (sur portable), et tout un tas de jeux communs qui se mêlent les uns aux autres comme PGR, WiC, FEAR, et la liste est encore longue, notamment boostée par Microsoft qui cherche à tout prix à se faire une place de premier choix avant ses concurrents. La question n’est pas de savoir si potentiel esportif il y a sur ces jeux, certains d’entre eux sont même très attrayants. Mais plutôt de définir dans quel sens un jeu doit s’affirmer dans notre microcosme : Par l’argent, par sa communauté ou par la discipline qui requiert de fortes aptitudes pour en devenir un esportif reconnu ?

L’idée que l’on se fait de l’esport actuellement est en train d’évoluer à vitesse grand V sans que l’on ait l’impression d’en maîtriser les extrêmes. J’ai cette impression frustrante qu’on lâche prise. Je ne pense pas être seul. Du côté des USA, ils ne s’affolent pas puisqu’il collaborent pour une large partie d’entre eux, et ils font ça même très bien. La solution choisie ? Celle de la facilité : l’argent.

Depuis le déclin de la CPL qui a perdu sa bataille d’image (et presque de politique) face à l’ESWC, les ligues privées fleurissent outre-atlantique, semblant s’arracher stratégiquement ce marché à grand coup d’effet d’annonce. A ce jeu-là, ce sont les CGS qui ont les plus gros biceps, diffusant ses programmes dans plus de 100 millions de foyers, aux USA, au Royaume-Uni et en Asie : forcément, ça rigole pas ! Dans les petits papiers de Valve et même de Blizzard, ils semblent pouvoir voir venir encore longtemps avant de chuter de leur piédestal duquel ils regardent les autres en rigolant : “Allez, à qui le tour ?” Les Championship Gaming Series, c’est juste la “première réelle ligue professionnelle de gaming“. Rien de moins.

Certes, ils laissent de côté la plus grande communauté esport au monde, celle qui s’affronte sur les serveurs Counter-Strike 1.6, près de 300 000 joueurs. Et ils préfèrent opter pour le marché juteux que représente Counter-Strike Source, chemin probablement emprunté grâce aux indications de Valve, maximum 80 000 joueurs. Et ce, même si les joueurs n’ont toujours pas fait le transfert de plate-forme… Mais ça ne fait rien, “ça passe mieux à la télé” s’exclame-t-on parmi les défenseurs des CGS. “C’est plus vendeur pour les sponsors.” A Bellevue, dans l’état de Washington, Gabe Newell se lèche les babines : “On s’en met plein les poches” marmonnerait-t-il à voix basse. “Comment ça la communauté ? C’est quoi ça ? Aller, on lance Steam Community pour les amuser pendant un temps. On ne pourra plus dire qu’on s’en occupe pas !

En parallèle, SK-Gaming et tous les dérivés de ces pseudo-sites qui se réclament d’informations, emportant dans leur engrenage malheureusement Gotfrag, pondent leurs articles limpides d’esprit critique, résultats et puis basta. Woof woof, comme dirait Régis Robert. Heureusement pour la défense de l’américain qu’il dispose de rédacteurs un tantinet indépendant. Mais est-ce le cas des autres ?

Pourquoi s’interroger fiston ? Les organisateurs nous filent de la tune avec leurs publicités, on va pas saborder leur business et le nôtre qui vient enfin de nous rapporter.” Même si c’est pour défendre un esport que l’on considère plus sportif ? “Surtout ! On va pas non plus donner le pouvoir à la communauté, ce serait un comble…

A Paris, au 10 rue d’uzes, on rôde jusque tard le soir. Et il y a de quoi se mordre les doigts. A force d’écouter les joueurs et de choisir les disciplines en fonction, Games-Services se font bouffer leurs sponsors, Nvidia en premier. Ils expliquent ce changement de cap par une “ré-orientation stratégique” du fabriquant de carte graphique. La solution ? Déjà annoncée et puis de toute façon, c’était soit suivre le même chemin que les autres, soit périr. Du coup, Matthieu Dallon au micro de Carmac lors de l’ESWC, relançait l’idée d’organiser des “Masters“, destinés à “satisfaire des sponsors“. Ce type de projet avait déjà été évoqué il me semble (corrigez-moi en commentaire si je me trompe) lors du lancement du nouveau Cyberleagues, il y a 3 ans.

Heureusement que les ligues américaines ne sont, pas encore, animées d’un objectif similaire aux ESWC et WCG. Mais ce qui est sûr, c’est qu’un jour, il va y avoir un affrontement entre ces deux-là, forcément. D’un côté, l’idéalisme communautaire (n’en déplaise à Monsieur Blanc qui, s’il était réveillé, comprendrait bien qu’il s’est trompé de cible) et de l’autre, la lente marche de Samsung qui ne reste pas insensible aux offres de Monseigneur Bill Gates.

Pour l’instant, je dirais que les WCG pourraient l’emporter. Soutenus à fond par Samsung et Microsoft, ils démolissent financièrement la petite entreprise parisienne de 10 employés tout au plus. Et puis, malgré ce que l’on entend dire sur l’ESWC, j’ai quand même l’impression que leur projet sportif est moins compréhensible que son concurrent coréen. Une coupe du monde avec plusieurs qualifiés par pays ? Et ça dépend de l’importance du pays dans la communauté et de la puissance financière de ses organisateurs nationaux ?! Aux WCG, c’est plus simple : Le premier va en finale, point barre. Dommage que leur système de qualification nationale soit vraiment en deçà de l’importance de leur finale mondiale. Allez… Encore cette année (du moins en France) un circuit de qualification en salles de jeux en réseau… Mon dieu, c’est d’un kitsch ! Surtout vu l’état des salles françaises.

Tout ça pour dire que j’ai une vision très pessimiste de l’avenir de l’esport, du moins, de ce que j’en attend. J’espère bien que des gardes-fous tiendront la baraque, l’ESWC et les WCG en tête. Et que les CGS, et les joueurs qui s’y engagent, ouvriront les yeux sur un système qui, s’ils le crédibilise, nous engagera dans une voie que personne ne souhaite. A moins d’avoir un portefeuilles intéressé, ce qui parait inévitable en ces temps.

3 commentaires

  1. WoLFoU
    13 August 2007

    A Cs, il n’y qu’un seul qualifié par Pays, mais ce n’est pas le cas des jeux de duel tel Warcraft 3 (3 pour la Chine, deux pour la Corée, deux pour la Russie etc…), Starcraft etc…

    C’est vrai que les CGS font un mélange vraiment bizarre des jeux et ne sont la que pour l’argent. En espérant que ce ne soit pas le cas sur Starcraft 2 et que de vrais compétitions arrivent dessus.

    Après tout ces tournois peuvent co-exister, en football, la Coupe du Monde les championnats continentaux arrivent à exister en même temps que les différents championnats nationaux (D1 etc…) et autre Coupe continentale (Champions League etc…) tout comme en Basket, même si dans ce dernier cas cela est bien plus difficile, suffit de voir les cas Boris Diaw et Tony Parker mais c’est d’abord à cause de leurs contrats monstrueux et des assurances.

    L’esports futur pourrait ressembler à ce qui est le basket actuellement avec des championnats à la puissance financière absolument énorme (NBA, Lega, NCAA) et des compétitions où l’on représente d’abord son pays où la durée de ces deux types de compétitions est très différentes (JO, Championnat du Monde = 2 semaines, NBA, Lega = 8 mois) avec les premiers où les joueurs jouent d’abord pour l’argent et les deuxièmes pour l’honneur de son pays. Ces deux types de compétitions arrivent à peu prés à exister.

    Donc pourquoi pas dans l’esports ? encore faudrait-il que les organismes se mettent d’accord sur certaines choses (calendrier, droits télé, etc…), en Basket, la FIBA a eu bien du mal à réussir à avoir des accords avec la NBA, mais maintenant cela fonctionne plus ou moins bien.

  2. BeYoNd-
    13 August 2007

    C’est très vrai ce que tu dis. Mais actuellement, si un parallèle devait être fait entre les couples nba/j.o. et disons par exemple cyberleagues/eswc, ca reviendrait a dire qu’il y aurait aux J.O. une équipe de nba complète, plutôt qu’une sélection des meilleurs joueurs de chaque nation.

    Bien sûr l’exemple que je prends est mauvais, car rarement dans l’e-sport français (et en particulier sur 1.6/source), les équipes/clubs sont constitués de plusieurs nationalités. Même si à mon sens l’e-sport n’est pas assez développé pour ça, je trouve étrange qu’il n’y est pas de compétitions mondiales dans le format ENC.

    A l’heure où beaucoup de personnes clament que l’e-sport devrait être considéré comme un sport, ce serait le meilleur parallèle possible avec celui-ci. Evidemment cela reste compliqué du fait des sponsors de chaque équipe, et cela suppose implicitement la présence d’une sorte de “fédération nationale” de l’e-sport.

  3. Lap0ng
    13 August 2007

    On en revient toujours au même constat : il faut fédérer les joueurs, et pas seulement au sommet.

    C’est loin, très loin d’être simple : ce que cyberleagues a tenté de faire en demandant des cotisations, pourtant maigres, a été un échec cuisant.

    Là où il faudrait une participation de chacun pour dégager des fonds “neutres”, les acteurs de l’esport - ceux qui peuvent prétendre fédérer les joueurs - sont obligés de passer par la case sponsor systématiquement.

    Résultat les ambitions fédératrices sont toujours revues à la baisse, et on laisse la part belle au spectacle, plus rémunérateur.

    L’esport est jeune, le public de l’esport est jeune, l’image de l’esport auprès des parents est floue, ce qui fait trois bonnes raisons de prendre son mal en patience. Difficile de demander à des parents de payer une “licence de jeux vidéo en compétition” à un gosse de 12 ans qui joue à CS 10 heures par semaine.

    C’est pourtant par là qu’il faudrait commencer…

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(Commentaire modéré a priori)