L\'information e-sportive
Le Samedi 17 Mars 2007 à 19:14
L’information e-sportive
Un problème fondamental de l’information est celui du poids que celle-ci exerce sur les consciences individuelles. Il est plus que vraisemblable que la répétition d’une information orientée et partiale conditionne ceux qui la reçoivent. La presse du sport électronique use de ce procédé. En nous présentant l’e-sport d’une certaine manière (qui se réduit à l’univers des joueurs stars et des compétitions) contribue à créer dans notre conscience un système de représentation qui se bâtie sur une unique interprétation de l’e-sport. Néanmoins, il existe plusieurs manières de voir l’e-sport et qui divergent fort de la grille de lecture unique que nous proposent sans cesse des sites comme eportsfrance ou team-aaa et autres... Qu’on se place du côté des joueurs qui considèrent l’e-sport comme un moyen de distraction, ou des entrepreneurs qui le considèrent comme un secteur économiquement rentable ou encore des penseurs critiques pour qui l’e-sport est une pratique aliénante, les points de vue sont divers et variés. Or, il semble que dans son approche de l’e-sport, la presse e-sportive française manque singulièrement de diversité ; la pluralité des points de vue y est pour ainsi dire inexistante. Pourtant c’est bien la confrontation des idées et des opinions qui permet d’avancer, sans quoi le développement est mené par une sorte d’oligarchie qui s’est accaparée le pouvoir et fait avancer les choses dans son sens. Sens qui n’est pas toujours le meilleur et reste souvent contestable.
Il est très positif que nous assistions enfin à la naissance d’une nouvelle presse e-sportive qui tend à s’interroger plus en profondeur sur l’activité e-sportive. L’émission « Parlons e-sport » en est un exemple. Toutefois, cette presse nouvelle d’interrogation critique saura-t-elle donner la parole à tous les points de vue ou bien restera-t-elle l’un des vecteurs de la pensée unique si propre à l’e-sport ? La question est posée.
L’article de dbbg (http://www.esportsfrance.com/actualites/10111/) qui se targue de faire le tour de la question sur l’information dans l’e-sport n’aborde toutefois que l’aspect économique de l’information et on pourrait résumer la pensée de dbbg en une seule phrase : la véracité de l’information contribue à maintenir, voire à augmenter le nombre de visiteurs sur un site d’information. Je pense que cette affirmation n’est qu’en partie vraie car ce que recherche les lecteurs de la presse e-sportive ce n’est pas de la vérité mais du divertissement. Il n’est pas rare et remarquable de constater comment un site d’information e-sportif se transforme très vite en une sorte de « presse e-sportive people » où des colonnes et des colonnes sont écrites sur des sujets totalement insignifiants, voire faussement scandaleux. C’est à se demander si parfois on est bien sur esportsfrance ou bien plûtot sur Paris Match Esport, ceci dit cette remarque vaut pour tous les sites d’information e-sportive.
L’exigence de véracité pour laquelle dbbg semble militer est bien sûr fondamentale et renvoie à un problème éthique qui ne peut être éludé. Toutefois, on voit mal en quoi cette exigence de véracité concerne la presse e-sportive qui est essentiellement une presse factuelle - c’est-à-dire qui ne relate que des faits, des évènements - et non une presse argumentative qui se ferait porteuse d’un contenu marqué par la prise de position. Le problème de la presse factuelle est plus celui du sensationnel que de la véracité ; l’exigence de véracité prend tout son sens dans le cadre d’une presse argumentative. S’il s’agissait pour la presse e-sportive d’écrire des articles de fond exposant une opinion précise à propos d’un sujet qui fait débat, il est évident que l’exigence de véracité ne pourrait être omise puisqu’il s’agirait de « prouver » qu’on a raison. Les arguments devraient donc s’articuler sur des preuves qui sont réelles et à cet égard on pourrait critiquer un article de fond qui s’appuie sur des preuves qui ne sont pas complètement fondées, qui laissent planer un doute. Mais cela n’est pas l’objet de la presse e-sportive française qui n’établie que de vulgaire compte rendu d’évènement ou préfère gaspiller son énergie à réaliser des interviews fleuves ou des enquêtes sur le dernier cheater CSS à la mode.
Cependant, je ne dis pas que la presse factuelle ne sert à rien. Elle doit exister, elle doit nous informer sur ce qui se passe dans la communauté, nous montrer que la communauté existe, qu’il se passe des choses, qu’elle est bien réelle. Mais la presse du sport électronique ne doit pas en rester à ce niveau. Elle doit mettre à profit les éléments recueillis par la presse factuelle pour édifier, façonner des articles plus fouillés, plus globaux. Il s’agit d’écrire de nouveaux articles qui s’intéressent à la situation générale de l’e-sport, qui cherchent à conceptualiser l’e-sport dans son ensemble. Il s’agit de sortir du réel pour gagner les doux, mais à même temps difficile d’accès, nuages de l’abstraction. Comprendre l’e-sport ce n’est pas rester les yeux collés sur ce qui se passe au présent, c’est prendre du recul. Prendre du recul pour analyser le développement de la communauté et juger de la pertinence de celui-ci. Des sujets comme « l’e-sport est il un sport ? », « l’intégration des filles dans l’e-sport », « Développement de l’e-sport : fédération ou multinationale ? » doivent être plus analysés, plus débattus, susciter plus d’intérêt dans les équipes de rédaction. Et c’est à ce titre qu’il faut développer la diversité et permettre à tous les points de vue de s’exprimer. La presse factuelle ne doit exister qu’au service d’une presse plus abstraite, plus « conceptuelle ».
A une heure où la communauté e-sportive semble être bloquée, en panne d’idée et de renouveau, laissant les grandes multinationales sans scrupules – bien plus intéressées par le profit économique et la rentabilité que par les joueurs - s’occuper de son destin, il est vraiment dommage que cette tentative d’interrogation critique de l’e-sport n’est pas lieu. Aujourd’hui, on parle sans cesse de la volonté de toucher le grand public, beaucoup disent que le développement de l’e-sport c’est le grand public. Mais avant de s’occuper de cette image extérieure, mieux vaudrait s’attarder sur les problèmes qui secouent la communauté e-sportive française et son organisation. Ce n’est qu’une fois ceux-ci résolu qu’il apparaîtra possible et plus simple de se lancer à la conquête de nouveaux horizons.
Pour conclure, finissons en avec la presse électronique people et indigente, privilégions la naissance d’une nouvelle « presse conceptuelle » qui prendrait sa base sur une « presse factuelle » déjà existante, permettons aux différents points de vue de s’exprimer et abandonnons les vieilles habitudes de la pensée unique. Prenons du recul sur les faits. Ce n’est que grâce à la naissance de cette nouvelle « presse conceptuelle » que l’e-sport pourra prendre conscience de ses problèmes et les résoudre. Concernant le développement de la communauté, se pose à ce jour une question de taille : doit-on laisser le développement de l’e-sport aux mains de multinationales peu scrupuleuses ou bien appartient il aux joueurs eux-mêmes de prendre leur destin en main ?
Il est certain que si ce sont les joueurs qui se chargent d’organiser, de façonner, de construire leur e-sport cela prendra du temps et de l’énergie. Il sera long et difficile d’aboutir à une solution qui puisse faire consensus. Mais au moins, cela nous aura donner l’occasion de discuter vraiment, de former nos idées et surtout, d’empêcher la glaire visqueuse du système capitaliste de faire de nous des agents économiques lobotomisés et dépossédés de toute identité et ce au profit d’une grosse machine financière qui n’a plus rien d’humain.
26/02 MrWh1te.over-blog.com (6)
25/02 MrWh1te (25)
15/02 L’e-sport sent la mort (0)
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15/09 Des seins virtuels (4)
02/08 La mort théâtrale (26)
29/07 Bienvenue en Dalonnie (36)
17/03 L\'information e-sportive (11)
Pas faux : on fait que diaboliser TF1 avec son 7 à 8 mais regarder ce qu'on pond maintenant :
"Chronique d'un scandale :
Chapitre Un : Symptômes d’un craquage"
Si ca fait pas TF1 tout ca ...
Parcontre jtrouve ton blog un peu long et lourd à lire et jsuis pas daccord avec le reste ... les interview fleuve ca rox, etc ...
Edité le 17-03-2007 à 21:24:47 par wiss
Oui, ici la "presse" ressemble plus à une presse people qu'au monde diplomatique mais les sujets traités intéressent les joueurs. Esportsfrance.com est là pour donner "le quotidien de l'esport". D'ailleurs 85% du lectorat d'esportsfrance n'ira pas jusqu'au bout d'une news si elle trop longue ou trop compliquées.
Après est ce que c'est la presse qui fera changer les choses et les mentalités? Ce dont l'esport à besoin en priorité c'est de plus de maturité et pas d'une presse qui se mettent à traiter des sujets de fonds. Elle a besoin de plus de personnalités matures et compétentes pretent à bosser main dans la main pour fonder des projets solides. D'adultes au passé de joueurs qui savent où il faut aller. Jusqu'à présent le problème ce n'est pas que personne n'a réfléchi aux sujets de fond, c'est plutôt qu'aucun projet de fédération pour légitimer cette activité et la faire avancer n'a réussi à voir le jour. Ce n'est certainement pas la faute de la presse esportive mais des cadres de l'esport et de sa communauté. Et pourtant les choses évoluent et l'image de l'esport aussi ce qui aboutira surement à quelque chose.
Ton discours est bien beau mais jusqu'à preuve du contraire tout système à besoin de sous pour fonctionner et de stars à afficher, c'est comme ça que les choses fonctionnent pour l'humanité. Elle a besoin de rêver d'espérer à l'aide de modèles. Après je ne vois pas très bien ce que tu recherches, même si les joueusr parvenait à se fédérer et à creer une fédération, qui aboutiraient sur imaginons des championnats amateurs, etc. Il n'en resterait pas moins que ce qui continueraient d'intéresser les joueurs sera ce qui se passe au meilleur niveau, avec les gros sponsors etc.
Bref désolé mais c'est un débat qui n'a pas lieu d'être, ici nous sommes sur un site qui donne le quotidien du sport électronique, ce n'est pas à lui qu'incombe le dévelopement du sport électronique vers autre chose. Revois ton blog et imagine que tu l'adresse au magazine L'équipe (en replacant dans le contexte du sport en général), tu en riras tout seul! Le seul élément qu'on peut tirer de ton blog c'est que le monde de l'esport est peut être prêt à acceuillir un site d'information un peu plus élitiste qui réfléchisse sur les problème de fond. (L'Internet est de plus un excellent outil pour cela). Mais ce n'est pas à des sites comme esportsfrance.com ou team-aaa.com de faire cela. On ne peut pas tout faire en matière d'information sur un même support sous peine d'en arriver à une certaine incohérence (c'est d'ailleurs pour cela que de plus en plus de lecteurs d'esportsfrance se plaignent).
Bref, ton nouveau site tu l'ouvres quand?
Edité le 17-03-2007 à 21:33:19 par IneuRier
Edité le 18-03-2007 à 15:10:21 par Mee_
Ceci dit, les questions de fond méritent pour moi d’être posées car l’e-sport étant amené à se développer et à toucher de plus en plus de monde, il est important de savoir ce qu’est vraiment l’e-sport. Si c’est une nouvelle pratique qui permet de resserrer le lien social, de briser les frontières de classe, alors d’accord. Mais si c’est une pratique qui doit finir de faire de nous des bons petits consommateurs aliénés sans bribe d’esprit critique, alors non. C’est d’ailleurs à ce niveau que ce trouve selon moi la problématique centrale de l’e-sport. A ce titre j’estime, ou plutôt j’estimais que la presse e-sportive avait un rôle à jouer. J’estimais qu’elle devait aider les joueurs, souvent jeunes, à former leur propre esprit critique ; la presse e-sportive devait pour moi incarner une sorte de regard critique (pas forcément négatif) sur une pratique aux propriétés encore mal définies. Autrement dit la presse e-sportive se devait d’assurer un rôle plus ou moins « éducatif ». Cependant, ce n’est pas ce chemin qu’elle a choisi. On peut même dire qu’elle ne l’a pas du tout emprunté, même à une moindre mesure, puisqu’elle s’est surtout attelée à développer de nouveaux concepts de divertissement tout en abandonnant le soin de fonder une solide réflexion critique.
Un projet de site plus élitiste est effectivement une belle proposition. Pour ma part je suis tout à fait près à participer à ce genre d’initiative. Personnellement, je ne possède pas de compétence technique pour mettre en ligne un site de qualité. Ceci dit, je pense qu’il est possible de lancer l’aventure sous forme de blog, à moins qu’un webmaster compétent soit intéressé par le projet. D’autre part je pense qu’il serait intéressant pour débuter de former une petite équipe de rédacteurs intéressés pour réfléchir sur des sujets de fond. Cela permettrai d’emblée d’offrir plusieurs point de vue et ainsi une confrontation positive.
Je reste donc libre, si des gens sont intéressés qu’ils n’hésitent pas à le faire savoir.
Un des principaux problèmes de cette presse factuelle, c'est ce que disait ineurier. Tout organisme coûte de l'argent. Et quand, on a peu de moyens intellectuels et d'éthique on se contente de faire de la pub pour faire rentrer des bénéfices. Bref, on se base sur un système quantitatif, aussi bien au niveau de la forme que du fond. Il est vrai que pour l'instant, peu de médias on sû se faire une place correcte sans publicité apparente. Les support que nous connaissons tous sont parsemés de logos d'annonceurs en tout genre, et généralement, représente une presse un peu poubelle.
A contrario, les journaux satyriques, eux, n'offrent aucune publicité apparente et tirent pourtant énormément d'exemplaires chaque semaine.
Si une telle gestion est possible dans le domaine de la presse nationale, pourquoi pas dans le microcosme esportien ?
Les sites, dont les responsables se sont réfugiés dans la facilité des annonceurs, sont voués à disparaitre soit physiquement, par manque de lecteurs qui se seront lassés; soit intellectuellement, avec un afflux de lecteurs qui ne chercheront pas à comprendre ce qu'ils lisent.
La presse A UNE INFLUENCE sur l'opinion publique (cf. campagne présidentielle 2002, Focus des médias sur Chirac / Jospin pendant la campagne, Une grosse partie des Français s'est basé sur ce face à face pour le deuxième tour, et est allé donner des voix aux "petits candidats". Le Pen occulté des interventions télévisées est au deuxième tour).
Je me souviens, la première fois qu'un enseignant m'a parlé d'Internet au lycée, il nous a dit :
"Vous avez raison c'est un excellent vecteur de communication, mais n'oubliez pas qu'Internet, en plus de la source d'information la plus complète, est aussi la source la moins sûre"
Dans le journalisme, il y a la carte de presse, qui représente une certaine éthique. Même si cette dernière n'est pas totalement respectée, elle empêche ceux dont le coeur balance de franchir le pas, par conscience professionelle. Dans le microcosme esportien, rien ne garantit l'éthique de ceux qui écrivent. Puisque la plupart du temps, on ne connait qu'une seule de leurs activités.
Quoiqu'il en soit, ce projet de site est une idée qui permettrait effectivement de faire un peu plus de transparence, mais qui est vraiment prêt pour cette transparence ?