What if..
Le Mardi 21 Novembre 2006 à 06:12
J'avais pas envie de le raconter, ni à mes amis ni à ma famille, encore moins à des "relations" sur internet, aussi proches soyons-nous. C'est pas le genre de truc dont on tire une gloire quelconque, dont on se vante lors du repas entre le plat principal et le dessert, que l'on décrit avec mille détails lors de longues soirées d'hiver au coin du feu... j'arrive pas à dormir.
Je pense sans trop en rajouter qu'il y a quelques heures, j'aurais pu passer l'arme à gauche. A 90km/h, sur une ligne droite, par temps clair. Bon ok, il avait plu quelques gouttes ce matin. Et certes, une route départementale coupant à travers la jungle guyanaise dont l'état de délabrement avancé aurait raison des amortisseurs les plus résistants en une poignée d'heures à peine, se résumant par endroit à un simple amas de gravier, peut être considéré comme une bonne excuse.
Pourquoi aller chercher aussi loin ? Il suffit de dire qu'on allait trop vite. Je ne conduisait pas, mais j'aurais eut le même réflexe que le conducteur en question à sa place, n'ayant qu'une idée en tête, rentrer chez soit au plus tôt après une journée entière d'allers-retours peu gratifiants, pour rendre service à un tiers qui plus est. Le genre de journée qu'on oublie vite, tant elle fut longue et ennuyeuse.
Celle là pourtant, je suis pas prêt de l'oublier...
Un putain de virage.
Un putain de dérapage.
Des putains de freins qui se bloquent.
Une putain de rembarde qui cède.
En plein sous les yeux d'une famille de touristes ébahis. Je me demande s'ils ont pas eu plus les chocottes que nous. Ca devait être sacrément impressionant de l'extérieur.
Comme je l'ai dit ci-dessus, la route coupe au beau milieu de la forêt tropicale, elle est donc entourée d'arbres exotiques réputés pour la qualité de leur bois, mais pas vraiment pour la solidités de leurs racines. Coup de bol de toute façon, aucun n'avait décidé de pousser sur la trajectoire devenue incontrôlable du bolide bleu azur. Au lieu de ça, un simple terre-plein sans doute autrefois utilisé par les ouvriers pour entreposer les véhicules de terrassement à la fin d'une laborieuse journée de travail. Assez large donc, bien que 3 mêtre en-dessous du niveau de la route.
Mieux valait ces trois putains de mêtres que la vingtaine du ravin qui nous attendait traitreusement quelques kilomêtres en amont. Désolé vieux, une prochaine fois peut-être.
J'aimerai dire qu'on s'est envolé avec la grâce d'un aigle royal, puis posé aussi délicatement que l'abeille sur la fleur doucement odoriférante d'un printemps renaissant. La vérité est beaucoup moins idyllique, hélas.
Pour ce qui est de l'envol, ça, rien à redire, on a volé. J'ai pas eu le temps d'avoir peur, mais j'ai eu le temps d'avoir une ou deux pensées en mon fort intérieur, cohérentes sur le coup, moins à la réflexion. Je me suis dit que je devais être dans un rêve, ou un film, ou les deux. Puis que, merde, ça ressemblait vachement au bout du chemin en fin de compte. Oh j'imagine que mon coeur a du s'emballer un quart de seconde, le temps que la première secousse arrive et me fasse basculer dans l'inconscience.
Pas l'inconscience dont on se réveille avec un fondu au noir en plein lit d'hôpital entouré des visages de ses proches, pétris d'angoisses. Plutôt celle qui ne dure qu'un instant en prenant des airs d'éternités, la coquine veut se faire plus imposante qu'elle ne l'est en réalité. J'ai vécu les deux tonneaux successifs qu'a fait la voiture avant de s'immobiliser, je le sens à l'intérieur. Trop rapide pour un souvenir. Et pourtant tellement présent. Mais j'ai pas eu peur. C'était pas possible d'avoir peur, il aurait fallu pour cela avoir conscience de mon état, de l'environnement autour de moi (et d'entendre ce violon qui jouait un air morbide au loin).
Comme un chat, la bagnole est retombée sur ses pattes finalement. C'est fini, tout va bien. Pas le temps de dresser un état des lieux. On décroche la ceinture de sécurité, on ouvre la portière. De l'air. Faire quelques pas pour s'assurer que les jambes, au moins, fonctionnent. Histoire de s'écarter en même temps, sait-on jamais les films américains ne racontent pas forcément que des conneries en montrant les voitures exploser après le moindre accident, le plus minime soit-il. L'air veut pas rentrer, on décrispe, on se penche en avant, les mains sur les genoux. RAS, tout est calme autour.
Je sens une présence descendre la pente de terre glaise qui mêne à la route. Sans doute les touristes entrapperçus avant la chevauchée fantastique. Ils me parlent, jcomprend pas leurs paroles mais je sais ce qu'ils veulent dire. Je lève le pouce vers le haut, tout va bien. Le conducteur ? Merde pas eu le temps de jeter un oeil, ceci dit ya pas de raison qu'il n'aille pas aussi bien que moi, n'est-ce pas ?
Putain c'est bon de respirer à nouveau.
Le conducteur s'extirpe avec davantage de difficultées que moi, la portière de son côté refusant de s'ouvrir. Il saigne, mais il est debout. Il fait pas la gueule des mauvais jours, il en a vu d'autres le bougre. Je récupère vite, je mets de l'ordre dans mes pensées. J'ai jamais voulu monter dans les manèges des fêtes foraines qui vous retournent dans tous les sens jusqu'à vous faire remonter la bile du fin fond de l'estomac. Tu parle d'une première expérience...
Je matte les airbags. Vous saviez qu'ils en faisaient aussi sur les côtés vous ? Je matte l'extérieur de la carrosserie. Sur le premier tonneau, la voiture est retombée en plein sur l'angle avant-gauche (côté conducteur, pour ceux qui n'auraient pas suivi). Le pare-brise est défoncé, cependant il n'a pas éclaté, nous évitant ainsi des débris de verre dans tous les sens. Tout le côté gauche est enfoncé. Les phares se sont fait la belle dès les premiers instants. Ainsi qu'une des roues. Elle a du amortir le choc de plein fouet. Pour peu je l'embrasserai, si seulement le caoutchouc brulé avait pas un gout aussi peu ragoûtant.
Les touristes me redemandent si tout va bien. Je répond que c'est la voiture de mon pêre, qu'il risque de pas trop apprécier, et aussi que ça en fera une de plus pour décorer les bords de la route (sur les 200kms de trajet, une trentaine de carcasses désossées moisissent sur les bords, rongées par la rouille). Ils comprennent mon humour, rient un court instant, ça leur a fait un choc pour sur. Ca aurait pu être eux, ils emprutaient le même chemin, quoiqu'en direction opposée.
Je jette un dernier regard nostalgique sur l'épave. On est à 80 km minimum de la première ville, à 150 de Cayenne et de ses dépanneurs. Il est évident que la voiture ne roulera plus. On pourrait la ramener quand même pour l'assurance, mais je sais sur le champ qu'elle sera désossée elle aussi le temps qu'on fasse l'aller retour (une fois de plus..)
Et puis merde, j'ai qu'une envie c'est rentrer chez moi. J'étais déjà fatigué avant, alors maintenant...
Les touristes s'assurent que nous n'ayons aucune blessure importante. J'avais même pas remarqué mon coude sanguinolent. Aucune douleur, NADA. J'ai trop le cul bordé de nouilles, pas un cheveux qui manque à l'appel. Je rigolerai beaucoup moins quelques heures plus tard quand les bleus seront apparus, que mes genoux auront gonflés et que mes tibias me feront un mal de chien, m'empêchant de me reposer du sommeil du juste.
Mais là non, je pête la forme.
On balance des vannes le temps que les touristes nous ammènent à la station de taxi-bus la plus proche, histoire de décrisper l'atmosphère (la guyane est tellement grande qu'il est plus rentable de voyager en taxi-bus qu'avec sa voiture personelle, sauf pour les plus pressés bien entendu, ce qui fait que ce moyen de transport est largement développé, chose qui paraitrait insolite en métropole). Ils ne pouvaient pas nous ramener à la maison (3h de route, en sens inverse, c'était beaucoup demander...), ceci dit c'était déjà un autre coup de bol énorme de les avoir parceque sans téléphone portable, sans station de secours, sans âme qui vive à 50km à la ronde on était pas dans la panade pour rentrer par nos propres moyens. Robert (le conducteur, un ami de mon pêre) m'apprend que de toute façon mon pôpa à mwâ comptait changer de voiture. Tu parle d'un service qu'on lui rend. Quand à moi, je lui demande s'il a bien pensé à fermer à clef, pour le cas ou. Ca emmerdera les pilleurs d'avoir à passer par les fenêtres, c'est toujours ça de pris :p
Durant le reste du trajet, je repense à l'accident. Ca m'a rien fait, psychologiquement parlant. Pas la moindre peur, pas la moindre psychose. Je suis resté lucide de bout en bout, j'ai rien oublié qu'on pourrait nous voler dans l'épave cabossée, je me souviens de mes dernières réflexions avant la chute. On repasse devant le lieu de l'accident, Robert et moi on se regarde dans les yeux puis on se fend la gueule. Bref, la clâsse.
Jme suis planté, j'en suis sorti, et roulez jeunesse jusqu'au prochain vol plané...
Moralité, la ceinture de sécurité, ça sauve des vies !
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GL HF
Très soulagé que tout aille bien au final pour toi et Robert
Pas de sequelles psycologiques immédiates, mais peut être le syndrome du survivant, puisque tu dis avoir presque "honte" de le raconter au début, alors qu'objectivement tu n'as rien à te reprocher puisque tu ne conduisait meme pas.
Enfin je suppose que ca t'a fait du bien d'écrire tout ca, (mais je sais pas si EsportFrance est le meilleur endroit pour trouver une ecoute psycologique : ) m'enfin tu as fait ta catharsis )
Pitain faut faire gaffes les gens en voiture !
paris est magique.
:-)
Content que ce ne soit que des degats materiels :)
2 min plus tard, je roule à 40 sur une grande avenue car j'voulais chercher une place, je vois une meuf qui attend au passage piéton, je freine pour la laisser passer, même pas brusquement, et là aquaplaning, et j'ai fear qu'elle traverse en me voyant ralentir alors que je pouvais plus freiner. Finalement ma bagnole s'arrête avant le passage piéton et j'aurais fait que 2 ou 3 mètres d'aquaplaning, mais j'ai eu les boules que le piéton traverse.
Bref, j'vais aller vérifier mes pneus quand meme :-/
Omfg, cette histoire me rappelle d'ailleurs la fois où ma voiture n'a pas démarré, omfg la peur de ma vie. Devoir faire le trajet à pied omfg ffs. Je m'en souviendrai toute ma vie. Moralité : y en a pas.
Lal j'ai pas de voiture.
Edité le 21-11-2006 à 17:54:19 par He4rTL3sS
les kinders suprises devraient arreter de donner des permis en cadeau
sinon pour l accident j ai deja eu la meme experience a la montagne. on s est arreté devant un precipice, sauvés par un tronc d arbre au sol. c'est vrai que c'est incroyable de se rendre compte qu on a pas eu peur a un seul moment. on regarde juste l action se derouler comme si on la voyait de l exterieur. je pense que le cerveau refuse d y croire et en fait c'est pas plus mal
Moi, le 11 septembre dernier (je sais pas ce qu'elle a cette date franchement mais c'est mystique), en vélo de location sur une voie de tramway à Lyon (avenue berthelot pour les gens du coin) avec un vélo appartenant à la ville donc :
Croisement, un passage piéton avec un feu vert, ca tombe bien je vais dans le même sens donc c'est vert pour moi aussi, ah pas de chance ca me concerne pas et le feu qui est pour moi est caché par un pylône, donc j'avance avec toute la bonne conscience du monde, et en plus les voitures sur ma gauche sont arrêtées, enfin j'en vois une arrêtée mais celle qui démarre derrière elle est cachée....
A peine le temps de réflechir et je suis en l'air, projeté au sol comme un vulgaire fétu de paille, et je me relève tout de suite, premier réflexe en cas d'accident, pour vérifier si les jambes vont bien !
Le conducteur en face panique un peu, appelle les pompiers, les mythonne un peu sur mon état pour les faire venir : pompiers, police, une nuit à l'hosto et roulez jeunesse.
La aussi je confirme, on a mal nulle part au début, donc c'est à l'hopital que je me suis rendu compte de mon tendon écrasé à la main droite, et pas de cs pendant une semaine !
P.S : l'assurance m'indemnise même si je suis responsable, merci la loi qui me protège en tant que piéton ou cycliste
de toute façon j'ai joué avec mon atelle alors.... :-)
c'est les EPS là ya pas de blessures qui tiennent ! :p
Car quand tu freines et que ca dérape, c'est pas forcément une couche d'eau entre les pneus et le goudron, ca peut être juste le goudron qui est rendu glissant (de même qu'on peut glisser sur le goudron quand on freine trop fort par temps sec, là on glisse juste plus facilement). Au niveau macroscopique on peut peut être pas parler de couche d'eau, enfin j'sais pas. Bref pas important.
c'était ou précisement en guyane (j'y ai vécu 4 ans) ?
Edité le 23-11-2006 à 01:36:04 par dafunk