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Bienvenue en Dalonnie

Le Dimanche 29 Juillet 2007 à 23:26


C’est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence et ne saurait être imputée à son auteur.


Bienvenue en Dalonnie



Matt Dallone a un vrai charisme. Ses apparitions ne révèlent jamais un personnage artificiel. Son image, n’est pas une image morte. Très vite, quand on la regarde quelques secondes, elle se charge de tout un univers, qui nous envoûte et nous laisse rêveur. Cet homme n’appartiendra jamais à la dynastie de ces personnages que l’e-sport a oublié. Son nom, imperméable à la corrosion du temps, figurant en lettre d’or sur ce panthéon érigé en l’hommage de ceux qui ont « fait l’e-sport », continuera de resplendir pour l’éternité. Toujours, quand on le prononcera, il ranimera avec lui quantité de beaux souvenirs et nous fera revivre ces belles années, ces folles années, ces années d’exaltation de l’e-sport florissant.

Matt Dallone, charismatique et grandiose. Modèle de toute une génération. Sauveur, guide, Jésus de l’e-sport…Pourquoi ? Parce que créateur de la CSWE. La CSWE, cet événement énorme, au retentissement médiatique spectaculaire, faisant vibrer le cœur de tous les e-sportifs du monde.

Chaque année, elle arrive, comme venue d’une autre sphère.

La soucoupe atterrit, le vent nous ébouriffe, les jupes des filles se soulèvent. A l’ouverture du cockpit, un moment de frayeur. Le silence se fait. Puis, une silhouette se profile, c’est celle du capitaine Dallone. Le speaker parle : « Ladies and Gentlemen », il marque un temps d’arrêt. « Misteeeerr Daaallloooonnnnneeee ! ». Cri d’hystérie dans la foule, des filles s’évanouissent, d’autre brandissent leur soutien gorge et le font tournoyer au dessus de leur chevelure blonde. Des mâles, tout excité, prennent leur chemise à deux mains et l’arrache d’un geste viril. Sur leur torse tatoué, on peut lire quatre lettres : « CSWE ». L’euphorie qui saisit la foule est complète. Un tapis rouge se déroule jusqu’au podium. Le capitaine pose le pied et marche, sous une volée d’applaudissement. Les cris continuent et redoublent. Le capitaine Dallone, installé sur le podium, lève la main droite, la foule se calme, les vagissements, puis les cris, s’arrêtent peu à peu. L’homme venu d’ailleurs prend alors la parole :
« Communauté !… Tu seras mienne !… Je suis venu te sortir de tes turpitudes, qui t’ont tant fait souffrir durant toutes ces années. Mon règne commence ici, je ferai de l’e-sport, l’activité, le sport !, le plus rentable du 21ème siècle. » Applaudissements et cris. « Je suis venu ici pour qu’enfin naisse le véritable e-sport. L’e-sport de l’argent et de la gloire ! » Cris de nouveau. Puis la foule se met à scander en cœur : « Dallone au pouvoir ! Dallone au pouvoir ! Dallone au pouvoir ! … »

L’homme providentiel, un petit sourire aux lèvres, descend du podium. Au pied du podium se trouvent quelques personnalités. D’abord les sponsors à qui il adresse une poignée de main chaleureuse et un mot à l’oreille. Certains le félicitent en lui donnant une tape sur l’épaule. La foule continue de crier. Puis suivent les joueurs, un peu timoré, ils n’osent lever les yeux devant l’effigie resplendissante qui se dresse devant eux. Le capitaine en bon seigneur en salue quelques uns. Il en profite pour prendre la parole. On se tait de nouveau. « Joueurs !…Vous êtes l’espoir de demain ! Je compte sur vous pour que vive l’e-sport !…Et que diable, donnez nous du spectacle ! » Les joueurs gloussent, ils sont aux anges. Heureux comme des enfants à qui ont tend une sucette. La foule maintenue à distance par des barrières de sécurité reprend ses cris de délire. Le speaker s’écrit alors : « Le capitaine Dalloooonnnneee vient d’adresser sa bénédiction aux joueurs ! » Les cris de joie redoublent. La foule est hypnotisée.

Puis, calmement, Dallone appelle une assistante, plutôt jolie, son tailleur dévoile des formes appétissantes. « Donnez moi les miettes. » dit-il d’un ton sec. S’approchent alors de lui, tous courbés et se frottant dans les mains, comme de sombres créatures visqueuses aux yeux globuleux qui préparent un complot, une horde de commentateurs. Avec dédains, il tend sa main dans le creux de laquelle des miettes de pain sont présentes. Comme une nuée de rats sur une bête blessée et vautrée à terre, les commentateurs se ruent sur les miettes, se faisant la guerre pour qui en aura le plus. Le speaker explique : « Ce sont eux qui sont chargés de la propagande officielle de l’événement. L’acte est symbolique, en mangeant dans la main du seigneur ils lui jurent fidélité ». Après avoir assisté à cette ruade répugnante, le speaker annonce d’un ton flegme et fatigué : « La presse écrite… ». Se dévoile alors un amas de petits personnages agenouillés, la tête prosternée touchant le sol. Un assistant sort du corps officiel qui entoure le capitaine. Il sort de sa poche quatre bracelets en plastique qu’il jette précipitamment puis s’en retourne vers les officiels. Ces bracelets permettront à 4 de ces petits personnages de pénétrer dans le grand palais de la CSWE pour retranscrire les événements à leur fidèle lectorat. C’est un moment historique car jamais la petite presse, la presse des joueurs eux-même n’avait eu le droit de pénétrer dans le temple de la CSWE. Mais à vrai dire, cela est normal car c’est la presse des petites gens, la presse des joueurs à qui l’on ne demande pas de penser. Lui permettre de se frotter au luxe d’un tel événement est déjà une souillure et il a fallut plusieurs heures de négociation pour que Dallone accepte de voir quelques uns de ces crapauds pâteux débouler sur sa moquette.

Alors que toute l’équipe des officiels, Dallone au centre, pose pour des photographes, de grosses caméras s’approchent. Un journaliste interpelle Dallone : « Les jeux vidéos sont la ruine de nos enfants, ils délaissent les salles de classe pour les salles de jeux en réseau ! » Ce dernier, sans perdre son calme, adressant un large sourire à la caméra, rétorque : « L’addiction est un mythe. Le vidéo-ludique est un atout pour nos enfants, une aide pour l’épanouissement personnel. Le jeu vidéo au travers de ses compétitions internationales est porteur d’un message de tolérance et de respect. Si tout le monde jouait aux jeux vidéo, le monde serait bien plus calme ! » Les grosses caméras enregistrent.

Pendant ce temps, dans la foule, on distribue des rafraîchissements et des glaces car en cette après midi d’été, le soleil est vif. Toutes ces distributions sont assurées par des sociétés associées, dont une qui après avoir fait carrière dans les gazs hilarants – d’où son nom : hahAha – s’est reconvertie dans les crèmes glacées. « C’est une société exemplaire puisqu’elle a offert à certains joueurs retraités des places d’intérimaire dans l’usine où sont fabriquées les crèmes glacées » clame le speaker. Un travail dur et mal rémunéré, mais qui constitue tout de même une aubaine pour de nombreux joueurs professionnels déclassés qui ont échoué dans leurs études. Cependant, la glace étant un produit saisonnier, hahAha envisage d’ouvrir une fabrique de moufles pour l’hivers. Ce qui devrait permettre aux intérimaires de pouvoir travailler toute l’année. Peut-être l’occasion de négocier un CDI ?

De plus Matt Dallone sait s’entourer d’homme comme lui. Parmi ses officiels, il y en a qu’il trimballe dans ses poches comme de la petite monnaie. On les nomme coach, dirigeants de club e-sportif.
Ils s’occupent, comme de véritables nourrices, des joueurs. Si ils ne leurs donnent pas le sein, beaucoup leur somme de « jouer sérieux » car le sport électronique n’est pas une affaire d’amateur. Pour beaucoup, c’est le professionnalisme qui doit être l’avenir de l’e-sport. Seul le professionnalisme peut signifier que l’e-port se développe. Cependant, les dirigeants, plus que les joueurs, sont conscients que le professionnalisme ne dure qu’un temps. Aussi, à l’exemple d’hahAha, sont-ils beaucoup à prévoir des voies de sortie. Si ce n’est pas les crèmes glacés, ce sera autre chose. Beaucoup espèrent pouvoir suivre le parcours du capitaine Dallone. Mais la sélection est rude et l’économie de marché est un monstre qu’il faut pouvoir apprivoiser.

Cependant, grâce au capitaine Dallone et à tous ses acolytes qui rêvent de professionnalisme, le sport électronique peut compter sur un avenir radieux. Il est même probable que d’ici quelques années, le sport électronique deviendra l’ombre d’une grosse machine à sous. Abaissant le levier, vous aurez peut-être la chance de décrocher le jackpot. Avec ça, si la maison est gracieuse, elle vous permettra de déguster la crème glacée réservée aux gagnants. Ce sera même une charmante hôtesse qui viendra vous la faire manger à la petite cuillère. Et même si à ce moment là vous avez l’air d’un gros porc qu’on engraisse, vous serez au moins devenu riche. Et franchement, c’est tout ce qui compte. L’e-sport, on s’en fou.


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