Le Pari de P4sc4l
Le Vendredi 20 Juillet 2007 à 15:55
Note : à l'origine c'est une reflexion personnelle pour mon blog ( http://jazka.hautetfort.com/ ) et je vais mentir en affirmant que c'est Anima qui m'a poussé à la copier ici. Si.
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Alors que j'abandonne Quake 4 pour ET : Quake Wars, je ressens le besoin de mettre à plat la doctrine qui déjà par le passé m'a poussé à m'interroger sur mes choix de jeux qui n'ont pas toujours été compris, quand je prêchais de faire les mêmes.
C'est il y a 3 ans environ alors que j'arrêtais de jouer à Doom3, que j'ai suspecté une analogie marrante entre le Pari de Pascal et mon idéal (e)sportif. Si ce Pari à faire sur l'existence de Dieu étaye d'une certaine façon mon choix qui se porte sur des jeux pratiqués en esport plutôt que d'autres, je me remémore aussi que de mon lointain point de vue de lycéen, il était certainement l'argument le plus navrant qui soit au sujet de la foi chrétienne. Son étude même me paraissait aussi aberrante que sa logique, et plus tard son éthique, à moins que cela ne fut une étude ayant pour sujet les erreurs grossières de démonstration. Rien de moins.
Le Pari de Pascal est le nom donné à un passage de l'ouvrage "Pensées" du mathématicien, philosophe et croyant Blaise Pascal. C'est une démonstration censée convaincre des libertins, joueurs et parieurs de son époque, du gain qu'ils auraient à croire en Dieu en faisant le pari de son existence :
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"Examinons donc ce point, et disons Dieu est, ou il est pas... Que gagerez-vous?... Il faut parier cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué... Pesons le gain et la perte en prenant choix, que Dieu est.
[…]
Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir : l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter."
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En somme, vous avez tout à gagner en pariant sur l'existence de Dieu (la béatitude, le paradis) puisque si vous ne le faites pas vous perdriez tout (l'enfer...) et que de toutes façons si Dieu n'existe pas, vous ne perdriez rien (une vie de merde qui se finit en un sûr retour au néant).
C'est bien gentil, mais cet argument s'est fait, si je puis dire, justement anéantir de multiples façons par ceux qui n'ont pas forcément la foi : les athées, dont je fais partie, pourront dénoncer une religion des hypocrites, Bernard Tapie dans le film de Claude Lelouche "un homme et une femme" lors d'un dialogue avec Fabrice Lucchini dira qu'on ne vend pas Dieu, d'autres plus matheux démontreront par la probabilité qu'il y a autant à perdre qu'à gagner puisque si Dieu n'existe pas nous astreindre à des règles qui ne sont pas les nôtres peut être considéré alors comme une perte infinie, on peut parler d'escroquerie parce qu'il dissimule volontairement l'antithèse de sa formule, on pourra arguer aussi que d'autres religions que la chrétienne proposent la réincarnation ou la béatitude sans même être croyant ou pratiquant etc, etc.
Si vous voulez approfondir le sujet je vous renvoie à la page wikipédia ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Pari_de_Pascal ), une réponse d'athée ( http://atheisme.free.fr/Repondre/Pari_pascal.htm ) et notre ami google ( http://www.google.fr/search?hl=fr&q=pari+de+pascal&meta= ).
J'en reviens à mon idée concernant l'esport.
Voici quel serait mon parallèle : joueurs de jeux vidéo, vous avez tout à gagner à parier sur la pratique du sport électronique (un idéal, l'élévation, la pérennité) puisque jouer à un jeu qui n'a plus ou pas attrait à la pratique sportive ne mène à rien (ce n'est qu'une consommation vide de sens, et en ce qui nous concerne même pas hygiéniste).
La similitude ne s'arrête pas qu'au type d'argumentation, elle fait aussi partie de sa détraction : les fans et passionnés dénonceront l'avilissement de la pratique intéressée d'un jeu, on pourra reprocher l'hypocrisie et le paradoxe de soumettre une pratique que l'on considérerait comme sportive à une loi du marché, qu'en terme de fun il y a tout à perdre pour un gain d'intérêt hypothétique ou nul, que des jeux qui ne sont pas "esportifs" procurent la même chose, etc etc.
Cette corrélation acceptée, j'en éprouve pas pour autant une remise en cause possible de mon idéal, je ne le peux pas, ma ferveur n'étant pas de la crédulité. Ce pari à prendre qui suggère une perte en est justement une garantie. Mais c'est aussi un peu plus qu'une démarche personnelle ou dogmatique : j'ai l'espoir que mon idéal devienne tangible chez le sceptique de l'esport ou le consommateur de jeux vidéo justement grâce à la réalisation de ce qu'il perdrait s'il appliquait cet idéal. C'est là à mon sens le truc : non pas de démontrer à quelqu'un qu'il faut appliquer ou croire en cette doctrine mais simplement qu'il le peut sur ses bases, d'y adhérer ou non mais en conscience. C'est faire le pari que sa contradiction passera par l'appropriation.
Selon moi dans les faits cette idée s'applique particulièrement bien aux passages d'un jeu à un autre, lors de la sortie d'une suite par exemple avec une transition suggérée, ou lors de la mort "esportive" d'un jeu où elle devrait être spontanée. Si mon idéal s'est figé de la sorte, c'est sous le coup de la désillusion de constater que l'immense majorité des joueurs avaient en ces occasions une attitude définie uniquement par des critères ludiques, pratiques et aucunement sportifs. Pourtant beaucoup reconnaissent l'esport et s'en revendiquent pratiquants, mais très peu sont dans les faits prêts à assumer des conséquences qui n'iraient pas dans le sens ludique ou pratique et demanderaient un sacrifice. D'où le besoin de formuler cette doctrine, dans l'espoir certainement insensé que le joueur fan d'esport commence par assumer sa position avant d'en désigner toute autre cause d'échec.
Les changements de jeu sont donc révélateurs. Je pense ici à certains cseurs qui affirment que CS 1.6 est un jeu "TOTALEMENT différent" de CS:S avec des arguments aussi faibles que des canettes qui traînent en plus sur CS:S, des prix différents des armes différentes et le manque de wallshots... souvent c'est tout. Heureusement ils ont une communauté assez conséquente pour se le permettre sans trop de risque de désenchantement à court terme. Mais je pense aussi aux q3ers qui partent du principe que leur jeu est parfait et que tout changement est nuisible et comparaison ou adaptation à autre chose inutile... aujourd'hui Quake 3 n'est pas loin du néant. Les joueurs de ET, de BF et d'autres auront aussi à s'adapter ou pas à ETQW. La différence est mise en avant quand ce n'est la perte, souvent : l'enjeu est aussi l'adaptation. Bien-sûr tout cela peut paraître trop à un fan, mais comme peut-être veut le montrer le Pari de Pascal ces pertes peuvent être négligeables en se fixant un essentiel.
Je ne parlerai que de moi pour illustrer au final, j'en suis désolé (mais après tout, c'est mon blog) : j'ai joué à Doom3 parce que je pensais que ce jeu serait un renouveau du genre de ce qu'on appelle les fast FPS en esport. Il s'est avéré que c'est le meilleur jeu de mon point de vue de ce type, celui qui m'aura procuré le plus grand plaisir dans la pratique et pourtant, à partir du moment où j'ai réalisé qu'il n'y avait plus aucune chance qu'il soit joué sportivement je l'ai désinstallé et n'y ai plus jamais touché. Je n'éprouve strictement aucun regret.
Je n'ai pas arrêté au fond de jouer à Quake 3 pour une autre raison que celle que le jeu était quasiment abandonné par toutes les grandes compétitions.
Je ne teste ETQW comme prochaine plate-forme uniquement parce que ce jeu à de grandes chances de s'intégrer à un esprit sportif.
Bref, j'ai choisi de concevoir les jeux video comme autant de plate-formes de sport électronique auxquelles m'adapter et depuis, cela me donne moins de regrets et bien plus de contentement que lorsque je les envisageais d'une façon affective.
20/07 Le Pari de P4sc4l (36)